Viviane Youx

<<< Paru en page(s) : 10-11 dans le No 280 d'A&E pdf

L’AFEF plus que jamais mobilisée !

Depuis plus de cinquante ans, l’Association française pour l’enseignement du français (AFEF) défend un enseignement du français équitable, au service de toutes et tous, de la maternelle à l’université. En cette période de crise sanitaire qui ébranle le système éducatif, elle reste plus que jamais mobilisée autour de sujets graves. Quelle forme revêt cette mobilisation ? Quels sont ces sujets graves ?

Réponses de sa présidente, Viviane Youx.

L’AFEF a été créée en 1967 dans la mouvance du mouvement de rénovation de l’enseignement, qui avait fait du « plan de rénovation du français » la base de la rénovation en général. Les professeurs de français souhaitaient se réunir pour œuvrer en direction d’un idéal social et scientifique, ce qui reste toujours le fil conducteur de l’association. 

Il s’agissait aussi de préparer la création d’une Fédération internationale des professeurs de français (la FIPF). Son ancrage social et scientifique s’est confirmé au fil du temps, la classant dans les associations militantes, proche de la mouvance éducation nouvelle.

L’AFEF et le confinement  

Le premier confinement de mars 2020, mettant le pays à l’arrêt, a aussi stoppé l’AFEF dans son élan. La rencontredébat prévue le 21 mars sur l’enseignement de l’oral, à repenser notamment dans le cadre du « grand oral » de terminale, a dû être annulée en catastrophe. Elle répondait pourtant à une préoccupation majeure : quel rôle peuvent et doivent jouer les professeurs de français pour préparer les élèves à l’oral ? 

Pour que l’oral ne soit pas résumé à une épreuve d’éloquence, ni à une récitation de leçons, cela suppose d’en faire un véritable enjeu d’apprentissage interdisciplinaire, dans lequel le français, qui est une des entrées disciplinaires majeures, doit jouer un rôle – et les programmes de l’école et du collège de 2015 en ont d’ailleurs fait une compétence majeure, avec des orientations interdisciplinaires.

▶ un recueil d’expériences, pour donner aux collègues un espace de parole où ils pouvaient relater leur vécu de cette période assez particulière et en faire un début d’analyse à chaud. 

Une partie intéressante des échanges a porté sur l’évaluation, bousculée par le confinement, l’insistance sur les contrôles alors que la situation était déjà difficile pour les élèves ou l’organisation par certains établissements de contrôles sur table au retour des élèves, et sur l’insistance du ministre pour maintenir l’épreuve orale de français en 1re. 

▶ Une pétition contre le maintien de cette épreuve orale au baccalauréat a été lancée, portée par l’AFEF  ; elle a recueilli 80  000 signatures, et a très certainement influencé la décision finale du ministre. 

Ce que nous avons regretté, c’est qu’il ait tenu sa position rigide jusqu’au bout, alors qu’une organisation de la fin de l’année avec un entretien individuel et une coévaluation des apprentissages aurait plus aidé les élèves  : quand ils ont appris la suppression de l’oral, ils se sont considérés en vacances, fin mai, alors que l’année scolaire devait durer jusqu’à début juillet.

L’AFEF et l’enseignement en ligne  

Dans le recueil d’expériences de cette période, plusieurs collègues se sont concentrés sur les moyens mis en œuvre pour assurer la « continuité pédagogique  ». Ils ont relaté les succès et difficultés de la mise en place, sans préparation, d’un suivi des élèves à distance et d’un enseignement en ligne. 

Le recours massif à un environnement numérique a été la donnée majeure de ce confinement, dans tous les domaines. À l’école, aux questions de l’inégalité d’équipement informatique se sont ajoutées celles de l’enseignement dans un environnement numérique. 

Les collègues, qui ont souvent dû se débrouiller pour faire face à la situation, n’ont pas vraiment apprécié que le ministère programme, début novembre, des états généraux du numérique sans prendre en compte les apports de la recherche ; ils ont eu le sentiment de se faire voler leur travail par un ministère qui ne les avait ni aidés ni considérés et qui n’écoute pas leurs représentants.

Un forum sur la place du numérique à l’école  

L’idée a germé alors d’organiser juste à côté des états généraux du ministère, près de Poitiers, un événement parallèle : le forum École alternumérique. 

Le but de ce forum était de réfléchir à la place de l’école dans un environnement numérique et aux grandes orientations qui permettront une démocratisation du numérique à l’école ou dans la société. Trois grands débats étaient organisés, avec des témoins chargés d’apporter des éléments pour alimenter la discussion ; l’objectif principal était d’ouvrir le débat en ligne. Le reconfinement début novembre a contraint à organiser la totalité du forum en ligne, en le resserrant sur une journée, le 4 novembre. 

Les trois débats ont porté sur : 

▶ positionnements éthiques et finalités  : rôle et enjeux du numérique à l’école ; une culture numérique pensée dans et pour l’école. 

▶ « Le métier enseignant  : reprenons la main sur le numérique ! » En quoi le numérique apporte-t-il à la pédagogie ? En quoi la pédagogie apporte-t-elle au numérique ?  

▶ « Démocratisation de la gouvernance de l’école » Comment penser et mettre en place une culture numérique qui respecte les principes démocratiques de l’École ? 

Ces débats très riches, auxquels ont participé librement une centaine de personnes, ont été enregistrés et sont disponibles en ligne(1). 

La tenue de cette journée a été précédée par le lancement d’un appel(2), signé par plusieurs associations ou collectifs et par un grand nombre de professeurs et de chercheurs. 

Cet appel, comme l’organisation du forum, a d’abord été relayé par le site de l’AFEF pour une question de commodité. Mais tous deux ont vite dépassé le cadre d’une seule association. 

Un collectif s’est créé. Il continue à travailler, en regroupant pour l’instant, autour de l’AFEF, l’OCCE, le GFEN, les Ceméa. Une page Facebook fonctionne(3), une plateforme d’échange est en cours de préparation. 

Une émission de radio a suivi ce débat, sur Nipédu(4), permettant de revenir sur les points essentiels de la journée. À la suite de ces débats, le collectif a aussi rédigé un manifeste(5), qui a été diffusé largementfin décembre.

Et maintenant…  

L’AFEF se concentre sur des actions ciblées, qui permettent de réunir, en ligne, des collègues intéressés par la thématique proposée et d’en débattre. Des temps courts, «  les mercredis de l’AFEF  »(6), proposent d’échanger autour de points sensibles de l’enseignement du français, ou interdisciplinaires. 

Les premiers mercredis de l’AFEF portent sur l’oral (dans la perspective du « grand oral »), la lecture actualisante, l’écriture en primaire… 

L’association se mobilise aussi autour de décisions graves du ministère : les évaluations à répétition à l’école et au collège qui influent négativement sur les apprentissages, l’interdiction pour les candidats à l’oral de français d’apporter le livre qu’ils doivent présenter, la réécriture des programmes de maternelle qui ont été pourtant salués par l’ensemble de la profession…

 Les actions à mener sont nombreuses. L’AFEF reste plus que jamais mobilisée en 2021. 

Viviane Youx, Présidente de l’AFEF

  1. débat : https://www.youtube.com/watch?v=7otx0_0vtec&t=18s ;
  2. débat : https://www.youtube.com/watch?v=0KxgyO53OF8&t=21s  ; 
  3. débat : https://www.youtube.com/watch?v=BqE8pOqF__I&t=23s
  4. http://www.afef.org/appel-un-forum-ecolealternumerique-poitiers-face-aux-etats-generaux-dunumerique
  5. https://www.facebook.com/collectifForumEcoleAlter numerique/?view_public_for=114827640420739 4.  
  6. Nipédu 123 : l’école alternumérique : https://nipcast.com/nipedu-123-ecolealternumerique/
  7. Manifeste pour une École démocratique dans une société numérique | AFEF :
  8. https://www.afef.org/manifeste-pour-une-ecoledemocratique-dans-une-societe-numerique

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