Quand un papou nous invite à devenir "ambassadeurs de la nature"

Mundiya Kepanga, chef papou de la tribu des Hulis, est arrivé à Lapte bien emmitouflé. Il faut dire que le climat auvergnat de ce 16 mai, pour un habitant de Papouasie-Nouvelle-Guinée, était plus que frais. Heureusement, l'accueil chaleureux des écoliers a vite fait oublier ce désagrément. D'autant que la pluie était la bienvenue car le spectre de la sécheresse planait encore quelques semaines auparavant. Et nos "frères" les arbres en avaient bien besoin.

La venue de Mundiya à l'école de Lapte était attendue depuis longtemps. Exposés sur la Papouasie, productions plastiques autour du thème de l'arbre, etc...la salle était fin prête à accueillir le papou et son traducteur, Marc Dozier, qui a co-réalisé le documentaire "Frères des arbres". Mundiya, très ému par l'exposé et notamment la présentation du casoar, s'est d'ailleurs vu offrir l'affiche par les élèves eux-mêmes.

  

Il faut dire que les élèves ont apprécié les échanges avec le chef papou, même si celui-ci les a plusieurs fois repris sur leur relative agitation : "Dans mon pays, les anciens sont très respectés. Les enfants écoutent et ils parlent quand on leur pose une question. Les enfants sont comme des graines : les adultes les arrosent de bon conseils." Néanmoins, bien sûr, les élèves ont pu poser des questions à Mundiya. "Vous avez quel âge ?" Réponse aisée chez nous mais le chef papou surprend : "Je ne sais pas. Chez nous, traditionnellement, on ne compte pas les années. On ne fête pas les anniversaires." Stupeur sur certains visages. "Mais, pour voyager, j'ai dû faire faire un passeport alors, pour trouver à peu près quand je suis né, je me suis souvenu de ce que m'avait raconté ma mère sur ma naissance". Et c'est ainsi que Mundiya serait né lors de la construction d'une route à proximité, en 1965. Alimentation, traditions, symbolique des arbres chez les papous, etc...une heure d'échanges riches de connaissances et de sens. Une résonnance aussi car, à Lapte, lorsqu'un enfant nait, on plante un arbre, de même que chaque nouvel arrivant adopte un arbre. C'est "la forêt des enfants". 

Le lendemain, le chef papou était attendu à Saint Germain Laprade pour une projection-débat organisée par l'OCCE 43. Une quarantaine de personnes s'était réunie. Assez peu au vu de l'investissement tant humain que financier mais le public était conquis. Cette projection a été possible grâce au soutien financier de France Nature Environnement 43 et l'accueil à titre gracieux de la ville de St Germain Laprade, très active sur le plan culturel et qui se lance dans un projet de quartier durable. En accueillant cette projection, les objectifs des membres de l’OCCE de Haute-Loire étaient clairs : toucher le plus possible d'enseignants pour qu'ils évoquent la situation des forêts primaires avec leurs élèves, qu'ils comprennent en quoi nous avons -tous les citoyens- un rôle à jouer pour les préserver et lutter contre la déforestation même si cela se passe à l'autre bout du monde et pour qu’ils prennent conscience que rien n’est inéluctable car des solutions peuvent être envisagées. Le documentaire et le débat qui a suivi la projection en ont évoqué quelques-unes : stopper la coupe de la forêt primaire, promouvoir auprès des tribus des manières douces et durables d'y exploiter quelques ressources rares et replanter les zones déforestées pour divers usages. Marc Dozier et Mundiya Kepanga ont d'ailleurs annoncé quelques bonnes nouvelles car les choses ont évolué favorablement en Papouasie-Nouvelle-Guinée depuis la sortie du documentaire en 2016.

  

De cette rencontre, ce qu'on retient finalement, c’est surtout les différences entre notre pays et le sien. Notre climat, nos forêts ne sont pas les mêmes. Mundiya a bien insisté sur le fait que les problématiques ne sont pas identiques. Il se garde bien d’ailleurs de nous donner des conseils sur la gestion que nous devons avoir de nos forêts. Mais il montre que nous influons grandement sur la gestion de «sa » forêt par nos lois et nos choix de consommation. Or, les forêts primaires tropicales sont des réservoirs de biodiversité (par exemple, sur seulement 55 km² de forêt tropicale, on a dénombré plus de 1200 espèces de papillons contre seulement 380 espèces en Europe et Afrique combinées). Mundiya nous a frappés par sa simplicité. Il ne sait pas lire ni écrire comme il le rappelle souvent et pourtant, il nous éclaire sur notre mode de vie. Il trouve que nous sommes toujours pressés, même pour parler de choses importantes, que nous avons de drôles de coutumes comme celle des dédicaces, que nous posons trois questions en une, etc... Notre société est tellement complexe que peut-être nous ne voyons pas toujours les évidences, et notamment notre appartenance et notre dépendance au vivant.

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