Une école teste la classe dehors

L’équipe enseignante de Lavoûte sur Loire s’est lancée à la rentrée dans le dispositif « Ecole dehors ». Le projet est né en fin d’année scolaire et a mûri tout l’été. Les enseignantes ont fait appel à l’OCCE pour répondre à certaines questions, avoir des ressources et des pistes de travail. La « classe dehors » de Lavoûte est la même pour les trois classes : un terrain boisé au couvert végétal assez dense, un peu pentu comme l’est la topographie locale. Il est situé à 10 minutes à pied de l’école, le long d’un chemin de randonnée peu fréquenté. Le trouver a nécessité un peu de travail de recherche et quelques échanges avec le propriétaire. 

L’équipe, avec l’aide de l’animatrice OCCE, a alors commencé à réfléchir à l’organisation de la classe dehors : visite des lieux pour définir le périmètre et l’espace de regroupement (et le coin toilette!), préparation de la réunion de parents et du planning des accompagnateurs, matériel à faire suivre, etc...Une charrette contenant des tapis individuels, une bâche sur mesure pour abriter le coin regroupement, la trousse de secours, de l’eau, une boisson chaude à partager et le matériel pédagogique de la séance a ainsi été achetée avec la coopérative scolaire. Le rythme a été défini : 1/2 journée chaque semaine pour les maternelles, et 1/2 journée une semaine sur deux pour les deux classes élémentaires, en alternance. Tout était fin près pour démarrer fin septembre.

La charrette "Ecole dehors"

La première séance passée, une analyse est nécessaire pour réajuster. Il y a des choses qui fonctionnent, d’autres un peu moins, comme en classe ! Premier constat : les élèves sont ravis et les parents se proposent volontiers pour accompagner. L’une des enseignantes trouve que cela permet à des familles un peu à l’écart de s’intégrer davantage. Deuxième constat : faire classe dehors, ce n’est pas tout à fait comme faire classe dedans. Il ne s’agit pas simplement de « transplanter » dehors des activités habituellement proposées dedans : il faut les penser différemment. L’installation des élèves est différente, il y a plein de matériaux potentiellement utilisables à portée de main. On pense tout de suite aux sciences mais on peut travailler évidemment beaucoup d’autres choses : la lecture, le vocabulaire, la numération, la géométrie, la géographie, etc.

                

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Le comportement des élèves est différent également et on ne sait pas à l’avance comment ils vont réagir : certains restent craintifs car il y a des « petites bêtes », des ronces ou des branches qui accrochent , d’autres imaginent qu’ils sont en totale liberté et peuvent en profiter pour tester les limites, d’autres se détendent et s’apaisent au contact du vivant, heureux de pouvoir toucher, sentir, s’allonger, s’adosser, d’autres encore révèlent une curiosité et des connaissances surprenantes et posent mille questions.

L’une des enseignantes constate : « Pendant le temps de récréation dans la forêt, ils sont complètement différents : ici, ils coopèrent beaucoup plus et les jeux sont mixtes (pas comme dans la cour où il y a les garçons d’un côté et les filles de l’autre). Ils s’inventent des histoires et jouent comme ça. Et je trouve que malgré la pente et les obstacles, ils sont très agiles. ». Une maman raconte : « Depuis qu’elle fait la classe dehors, ma fille fabrique plein de choses avec des bouts de bois. L’autre jour, elle a fabriqué une maison pour « la famille Gland ». Dedans, il y a un canapé en mousse et une télé en écorce ! ». Une autre maman confie, en début de sortie : « J’ai un travail très prenant mais j’ai décidé d’essayer de venir régulièrement car je pense que ça permet de passer un moment privilégié avec ma fille. » Et au fil de l’après-midi, elle admet « en fait, ça m’a vraiment détendue d’être dans les bois. » Ça a été l’occasion pour elle de lâcher-prise et de discuter avec les autres adultes, d’aider d’autres enfants, à lire par exemple. Mais le rôle d’accompagnateur ne va pas de soi et chaque parent est différent. L’une des enseignantes a vécu une expérience plus difficile avec des parents qui ne savaient pas trop se positionner et prenaient des libertés qui pouvaient déranger le temps de classe dehors. Définir le rôle et la posture d’un accompagnateur s’avère donc nécessaire pour les enseignants comme pour les parents. « La posture de l’enseignant lui-même est également à requestionner car il n’y a pas « un » modèle de classe dehors mais bien autant de façons de faire que d’enseignants ; comme en classe ; et la personnalité de chaque enseignant imprègne évidemment sa classe dehors» résume l’animatrice OCCE qui a pu assister à une séance pour chacune des trois classes. « Se lancer demande de la préparation en amont, c’est certain et c’est nécessaire, mais il y a aussi forcément des choses que vous ne pourrez pas prévoir...c’est aussi ça qui rend la classe dehors aussi riche ».